Les règles de la maison — Épisode 1 sur 6

Pourquoi nos cibles sont à une fois et demie l'amplitude du titre

Notre ancienne méthode affichait des objectifs à 8,48 % quand le prix, lui, n'allait qu'à 4,38 %. Elle avait l'air ambitieuse. Elle détruisait de l'espérance. Voici le comptage qui l'a démontré et la règle qui l'a remplacée.

Règle de la maison 96 trades comptés Autocritique Éducatif
Les règles de la maison1/1
La règle

Une phrase, deux bornes, une date

Cette série ouvre le carnet de règles qui gouverne ce que vous lisez ici. Pas les convictions : les contraintes. Celles qui font qu'une idée passe ou ne passe pas, et qu'on peut vérifier après coup. La première tient en une ligne.

Règle en vigueur depuis le 10 août 2026

La cible d'un signal doit se situer entre une et deux fois l'amplitude quotidienne moyenne du titre au-dessus du haut de la zone d'entrée. Le repère visé est 1,5. Si l'amplitude du titre n'est pas mesurable, la ligne n'est pas publiée.

L'amplitude quotidienne moyenne, c'est le chemin que le titre parcourt dans une séance ordinaire, moyenné sur quatorze séances. Un titre qui bouge de 2 % par jour n'ira pas chercher 8 % en dix séances de tendance normale. Il lui faudrait un choc. La règle dit donc une chose banale : ne demandez pas au prix d'aller là où il ne va pas.

Banale, sauf qu'on faisait exactement le contraire jusqu'au 10 août. Cet épisode raconte comment on s'en est aperçu, et ce que ça a coûté.

Le ratio qui se validait tout seul

Ce qu'on faisait avant, et pourquoi ça paraissait sérieux

L'ancienne méthode partait du rapport gain-risque. On plaçait le stop, puis la cible à un multiple de la distance au stop, de manière à afficher au moins 1,5 fois plus de gain potentiel que de risque. En régime défensif, 2,0. Un plancher, un garde-fou, une discipline. Sur le papier, du métier.

Le problème apparaît quand on mesure la dispersion. Sur cinq scans consécutifs début août, la distance au stop variait d'un facteur cinq entre les lignes, de 0,7 à 3,9 fois l'amplitude du titre. La distance à la cible variait dans les mêmes proportions. Et le rapport entre les deux tenait à 1,80, avec un écart-type de 0,077.

Deux grandeurs qui varient chacune d'un facteur cinq en gardant un rapport constant à 4 % près ne sont pas mesurées séparément. La seconde est calculée depuis la première. La cible n'était pas lue sur le graphique : elle était fabriquée pour franchir son propre plancher.

Un contrôle qui vérifie un nombre construit pour le satisfaire ne contrôle rien. Cinq scans, quarante-huit lignes publiées, zéro rejet. On avait pris ce silence pour un signe de qualité de la sélection. C'était juste un test qui se répondait à lui-même.

Le comptage

Vingt-et-un scans, cent quatre-vingt-seize lignes, quatre-vingt-seize verdicts

Le 8 août, on a rejoué toutes les lignes publiées entre le 10 juillet et le 7 août : 21 scans, 196 lignes, 169 titres différents. Barres quotidiennes réelles, et les règles de remplissage maison plutôt que les prix affichés. L'entrée est prise au moins bon des deux entre l'ouverture et le cours moyen pondéré, bornée au plus bas de la séance. La sortie au stop n'est comptée que si le stop a réellement été coté ; sinon on sort à l'ouverture suivante. Aucune indulgence de simulation.

Sur les 96 lignes dont l'horizon était écoulé, voici ce que donne la méthode d'avant.

41,7 %
Taux de réussite
+0,025 R
Espérance par trade
−0,45 R
Résultat médian
12,5 %
Cible atteinte (12/96)
47,9 %
Stoppés (46/96)
39,6 %
Sortis à l'horizon (38/96)

Le R est l'unité maison : un R, c'est la distance entre l'entrée et le stop. Gagner 1 R, c'est empocher exactement ce qu'on risquait. Ça permet de comparer une ligne à 4 dollars et une ligne à 300 dollars sans se raconter d'histoires.

Lisez maintenant les trois derniers chiffres ensemble. La cible tombait une fois sur huit. Les positions sorties à l'échéance, elles, rapportaient +0,71 R en moyenne sur près de quatre trades sur dix. Traduction : la petite espérance positive de l'ensemble venait entièrement du gong de fin de partie. Jamais des objectifs. Nos cibles ne servaient à rien, sinon à faire joli dans le tableau.

La cause

Deux fois plus loin que là où le prix va

Un rapport gain-risque n'est pas une espérance. C'est une promesse conditionnelle : elle ne vaut que si le taux de réussite suit. Le rapport moyen annoncé sur ces 196 lignes était de 1,70. Faites l'arithmétique du seuil de rentabilité et vous obtenez le taux de réussite qu'il fallait pour que ce chiffre veuille dire quelque chose.

Ce qu'exigeait le ratio, ce que donnait le marché
Rapport annoncé 1,70 → il fallait 37,0 % de cibles touchées
Cibles réellement touchées : 12,5 %

Trois fois moins. Ce genre d'écart ne s'explique pas par une mauvaise passe. On a donc mesuré la seule chose qui pouvait le produire : la distance demandée au prix, comparée à la distance que le prix a effectivement parcourue dans le bon sens avant de refluer.

Sur les 196 lignes rejouées
Distance moyenne à la cible 8,48 %
Meilleur gain latent moyen 4,38 %

La cible était posée à un peu moins du double de ce que le titre atteignait au mieux, dans ses meilleurs moments, avant que l'horizon ne tombe. Rien de statistique là-dedans. C'est physique. On tendait un panier hors de portée du joueur et on s'étonnait qu'il ne marque pas.

La correction, mesurée

On ne change qu'une chose : la cible

Test propre : mêmes lignes, mêmes entrées, mêmes stops, même fenêtre. Seule la cible bouge, replacée à un multiple de l'amplitude du titre. Huit lignes ne portaient pas la mesure d'amplitude et sortent de l'échantillon, qui tombe à 88 trades.

Cible placée àCibles touchéesEspéranceEspérance relative
Méthode publiée12+0,025 R
1,0× l'amplitude41+0,071 R
1,25× l'amplitude36+0,089 R
1,5× l'amplitude31+0,108 R
1,75× l'amplitude27+0,061 R
2,0× l'amplitude21+0,055 R
2,5× l'amplitude14+0,035 R

Notez le double mouvement. Ramener la cible de 2,5 à 1,0 fois l'amplitude fait passer le nombre de cibles touchées de 14 à 41. Mais l'espérance ne suit pas jusqu'au bout : à 1,0, on encaisse souvent et petit, et le sommet est ailleurs. L'optimum est net, à 1,5 fois l'amplitude, pour +0,108 R. La courbe monte d'un côté, redescend de l'autre, sans dent de scie. Ce profil est ce qui distingue un réglage réel d'un chiffre attrapé par sur-ajustement.

Comparé au +0,025 R de la méthode publiée, le passage à 1,5 quadruple l'espérance par trade. Le même flux de signaux, la même sélection, les mêmes stops. Une seule ligne de code changée.

La bande retenue est [1,0 ; 2,0], pas le point 1,5 seul : c'est l'intervalle où l'espérance vaut au moins le double de l'ancienne méthode. Un réglage qui ne survit qu'à une valeur exacte n'est pas un réglage, c'est une coïncidence.

Le nœud

Le garde-fou était la cause du problème

Reste la partie inconfortable. Une autre règle de la maison, plus ancienne et solide, impose que le stop soit à au moins 1,5 fois l'amplitude quotidienne du titre. En dessous, on se fait sortir par le bruit ordinaire d'une séance, pas par un changement de scénario. Ce plancher-là n'a jamais été contesté.

Assemblez les deux et regardez ce qui sort.

L'incompatibilité
Stop à 1,5× l'amplitude  +  cible à 1,5× l'amplitude
= rapport gain-risque de 1,0
Exiger 1,5 revenait à exiger une cible à 2,25× l'amplitude

Le plancher de 1,5 ne sélectionnait pas de bons trades. Il sélectionnait des cibles inatteignables, mécaniquement, par construction. Il fallait choisir entre un objectif que le titre peut atteindre et un ratio flatteur. On avait choisi le ratio pendant des mois sans jamais poser la question dans ce sens.

La contre-épreuve a achevé le débat. Le 10 août, premier scan publié sous la nouvelle règle, les six lignes retenues affichent — mesurés au haut de leur zone d'entrée — des rapports gain-risque de 0,73 à 0,92, cibles replacées à portée du titre. Aucune n'atteint 1,5. La version retirée de ce même scan, à convention identique, affichait 1,40 à 2,46, pour des cibles que rien ne rendait atteignables. Le plancher a donc été ramené à 0,7, et 0,9 en régime défensif, et rétrogradé au rang de garde-fou de dernier recours. Ce n'est plus lui qui sélectionne. C'est l'atteignabilité.

Le scan du 10 août, six lignes et leurs rapports

Un ratio dérivé de ses propres composantes ne porte aucune information sur le marché. Optimiser la promesse affichée plutôt que le résultat constaté est l'erreur la plus facile à commettre quand on publie des chiffres. Elle passe tous les contrôles, puisqu'elle les a écrits.
Côté lecteur

Ce que ça change dans ce que vous lisez

Depuis le 10 août, les objectifs affichés dans les scans sont plus proches. Beaucoup plus proches. Et les rapports gain-risque publiés tournent autour de 1,0 au lieu de 1,7. Une lecture rapide y verra une dégradation. C'est l'inverse.

Ce que vous voyezComment le lire
Un rapport proche de 1,0Le stop est au plancher de bruit et la cible est à portée du titre. C'est le seul assemblage cohérent des deux contraintes. Un 1,7 affiché voudrait dire qu'une des deux distances a été inventée.
Une cible qui semble modesteElle est calibrée sur ce que ce titre parcourt vraiment en dix séances, pas sur ce qui ferait une jolie ligne. Une cible touchée trois fois plus souvent bat un objectif décoratif.
Une ligne absente du scanSi l'amplitude d'un titre n'est pas mesurable, la distance à la cible n'est pas vérifiable, donc la ligne ne sort pas. Le doute exclut, il ne se publie pas.
Une sortie à l'échéanceElle reste une sortie normale, pas un échec. Sur l'ancienne méthode, elle portait l'essentiel du résultat, à +0,71 R en moyenne.

La règle porte aussi sa condition d'échec, comme toutes celles de ce carnet. Elle sera revue au plus tard en avril 2027, et invalidée avant si le taux de cibles touchées ne se maintient pas nettement au-dessus des 12,5 % de la méthode d'avant, sur un échantillon d'horizons écoulés comparable.

Les limites

Ce que ce comptage ne prouve pas

Une fenêtre de quatre semaines et 88 trades exploitables, ce n'est pas une démonstration éternelle. Trois réserves, écrites avant les conclusions.

La limitePourquoi elle compte
Un seul régime de marchéDu 10 juillet au 7 août 2026, dans un contexte donné. Un marché plus nerveux dilate l'amplitude quotidienne, et le repère de 1,5 se déplace en valeur absolue sans qu'on sache encore s'il tient en multiple.
Échantillon réduit par la mesure96 horizons écoulés, dont 88 portant la mesure d'amplitude. Les huit lignes écartées ne sont pas un tirage au sort ; on ignore ce qu'elles auraient changé.
Le piège de la censureVoir ci-dessous. C'est le point de méthode le plus important de cet épisode, et celui qui a failli nous faire conclure l'inverse.

Sur l'échantillon complet, scans récents compris, l'espérance de la méthode publiée ressort à −0,072 R sur 123 lignes. Chiffre spectaculaire et totalement faux. Sur un scan récent, seuls les perdants rapides sont déjà clôturés : le stop tombe en deux séances, le gagnant, lui, court encore. Agréger ces lignes revient à ne compter que les mauvaises nouvelles.

Ne jamais agréger des positions dont l'horizon n'est pas écoulé. Le biais joue dans un sens et dans un seul : il noircit. Il transforme une méthode médiocre en catastrophe, et une méthode correcte en méthode médiocre. Cette règle-là vaut pour votre propre journal de trades, exactement comme pour le nôtre.

Ce qu'il faut retenir

  • Une cible se calibre sur ce que le titre parcourt, pas sur ce que le stop autorise à afficher. Repère mesuré : 1,5 fois l'amplitude quotidienne moyenne.
  • Un rapport gain-risque n'est pas une espérance. À 1,70 annoncé, il fallait 37 % de cibles touchées ; on en touchait 12,5 %.
  • Objectif à 8,48 %, chemin réellement parcouru 4,38 %. Le double de la portée du titre, et personne ne l'avait mesuré.
  • En ne changeant que la cible : de +0,025 R à +0,108 R par trade. Quatre fois l'espérance, à sélection identique.
  • Un contrôle qui vérifie un nombre fabriqué pour le satisfaire ne rejette jamais rien. Zéro rejet n'est pas une preuve de qualité.
  • Ne comptez jamais des trades dont l'échéance n'est pas passée : le résultat sera artificiellement mauvais.
Quiz

Vérifiez que c'est passé

Pourquoi un rapport gain-risque affiché à 1,70 pouvait-il coexister avec une espérance quasi nulle ?
Parce qu'un ratio ne devient une espérance qu'à partir d'un certain taux de réussite. À 1,70, il en faut 37 % pour seulement rentrer dans ses frais. Le taux constaté était de 12,5 %. Le ratio décrivait une géométrie de niveaux, pas un comportement du marché.
Si rapprocher la cible augmente le nombre de cibles touchées, pourquoi ne pas la placer à 1,0 fois l'amplitude ?
Parce que le nombre de cibles touchées n'est pas l'objectif, l'espérance l'est. À 1,0, on touche 41 fois sur 88 mais on encaisse trop tôt : +0,071 R. À 1,5, on ne touche plus que 31 fois, avec des prises plus grosses : +0,108 R. Le sommet est un compromis entre fréquence et taille, jamais l'un des deux seul.
Pourquoi le plancher de rapport gain-risque à 1,5 était-il la cause du problème plutôt que sa protection ?
Le stop est posé à 1,5 fois l'amplitude au minimum, pour ne pas se faire sortir par le bruit. Exiger en plus un rapport de 1,5 impose donc une cible à au moins 2,25 fois l'amplitude, distance que le titre atteint rarement sur l'horizon. Le garde-fou ne filtrait pas les mauvais trades : il fabriquait des objectifs hors de portée.
Un ami vous montre un journal de trades à espérance négative sur les trois dernières semaines. Quelle question posez-vous d'abord ?
Combien de positions sont encore ouvertes. Si les perdantes sont déjà stoppées et les gagnantes toujours en cours, le calcul ne mesure que la moitié censurée de l'échantillon. Sur notre propre comptage, l'écart entre les deux méthodes atteignait 0,097 R par trade : −0,072 R avec les lignes non échues, +0,025 R sans elles.
Épisode 2 — Les règles de la maison
Le stop au plancher de bruit : pourquoi 1,5 fois l'amplitude, et jamais moins de 3 %

Cette série est strictement éducative

La règleLe ratio fabriquéLe comptageLa causeLa correctionLe nœudCôté lecteurLes limitesQuiz