Une option est un droit, pas une obligation. Avant de parler stratégies, Greeks ou spreads, il faut comprendre cette mécanique fondamentale. On part de zéro : calls, puts, strikes, premiums, et pourquoi ce marché de $40 000 milliards existe.
Une option est un contrat financier qui donne à son acheteur le droit — mais pas l'obligation — d'acheter ou de vendre un actif sous-jacent (action, indice, ETF, matière première) à un prix fixé d'avance, avant une date limite. Ce droit a un prix : le premium.
C'est la distinction fondamentale avec les futures ou les actions : l'acheteur d'une option choisit s'il exerce son droit. Si le marché lui donne tort, il laisse l'option expirer et perd uniquement le premium payé. Le vendeur, lui, a une obligation : si l'acheteur exerce, le vendeur doit honorer le contrat.
Pensez à un billet de réservation pour un concert. Vous payez 50 € pour réserver une place à 200 €. Si le concert affiche complet et que les places se revendent 400 €, votre réservation vaut 200 € de profit. Si le concert est annulé, vous perdez vos 50 € de réservation — mais pas les 200 €, car vous n'étiez pas obligé d'acheter la place. Le billet de réservation est votre premium. Le prix de 200 € est votre strike.
Chaque contrat d'option porte sur 100 actions du sous-jacent. Quand on dit qu'une option coûte $5, on paie en réalité $500 (5 × 100). C'est le multiplicateur standard sur les marchés américains.
Un accord standardisé entre acheteur et vendeur, coté sur un exchange (CBOE, NYSE Arca)
L'acheteur choisit d'exercer ou non. Le vendeur est obligé si l'acheteur exerce
L'acheteur ne peut perdre que le premium payé. Le vendeur a un risque potentiellement illimité
Contrôler 100 actions pour une fraction du prix. Un mouvement de 5% sur le sous-jacent peut valoir 50%+ sur l'option
Un call donne à son acheteur le droit d'acheter 100 actions du sous-jacent au prix du strike, avant l'expiration. On achète un call quand on est haussier (bullish) : on pense que le prix du sous-jacent va monter au-dessus du strike + premium payé.
Profit potentiel : théoriquement illimité (le cours peut monter indéfiniment).
Perte maximale : le premium payé.
Breakeven : strike + premium.
Un put donne à son acheteur le droit de vendre 100 actions au prix du strike. On achète un put quand on est baissier (bearish) ou quand on veut protéger une position existante contre une baisse.
Profit potentiel : le strike × 100 − premium (le cours ne peut pas descendre sous 0).
Perte maximale : le premium payé.
Breakeven : strike − premium.
| Call | Put | |
|---|---|---|
| Direction | Haussier (bullish) | Baissier (bearish) |
| Droit de | Acheter au strike | Vendre au strike |
| Profit max (acheteur) | Illimité | Strike × 100 − premium |
| Perte max (acheteur) | Premium payé | Premium payé |
| Breakeven | Strike + premium | Strike − premium |
| Utilisé pour | Spéculer à la hausse, hedger un short | Protéger un long, spéculer à la baisse |
Tout ce qui précède concerne l'acheteur (long). Le vendeur (short, ou « writer ») a le profil inverse : il encaisse le premium mais prend un risque potentiellement illimité (short call) ou substantiel (short put). La vente d'options nues est réservée aux traders expérimentés avec un compte margin approuvé.
| Terme | Définition | Exemple |
|---|---|---|
| Strike (prix d'exercice) | Le prix auquel l'acheteur peut acheter (call) ou vendre (put) le sous-jacent | AAPL Call Strike $200 → droit d'acheter AAPL à $200 |
| Premium | Le prix du contrat d'option, payé par l'acheteur au vendeur | Premium $5 = $500 par contrat (5 × 100 actions) |
| Expiration | La date limite après laquelle l'option cesse d'exister | AAPL Jul 18 2026 Call $200 → expire le 18 juillet 2026 |
| Exercice | Activer le droit : l'acheteur achète (call) ou vend (put) au strike | Exercer un call AAPL $200 → acheter 100 AAPL à $200 chacune |
| Sous-jacent (underlying) | L'actif sur lequel porte l'option | AAPL, SPY, QQQ, TSLA, GLD |
| Multiplicateur | Nombre d'actions par contrat (100 pour les equity options US) | 1 contrat = 100 actions. Premium $3 = coût total $300 |
| Open Interest (OI) | Nombre de contrats ouverts (ni fermés ni exercés) pour un strike/expiration donné | OI 15,000 = 15 000 contrats actifs sur ce strike |
| Volume | Nombre de contrats échangés dans la journée | Volume 2,500 = 2 500 contrats tradés aujourd'hui |
| Bid / Ask | Prix d'achat (bid) et de vente (ask) du contrat. L'écart = spread | Bid $4.80 / Ask $5.10 → spread de $0.30 |
| Assignment | Le vendeur est « assigné » quand l'acheteur exerce : il doit livrer (call) ou acheter (put) les actions | Short call AAPL $200 assigné → vendre 100 AAPL à $200 |
Les options américaines peuvent être exercées à tout moment avant l'expiration. Les options européennes ne peuvent être exercées qu'à l'expiration. Presque toutes les options sur actions US sont de style américain. Les options sur indices (SPX, NDX) sont souvent européennes. En pratique, l'exercice anticipé est rare — il est presque toujours plus profitable de revendre l'option que de l'exercer.
La moneyness décrit la relation entre le prix du sous-jacent et le strike de l'option. C'est le concept le plus important pour comprendre comment les options sont tarifées.
| Moneyness | Call | Put | Caractéristique |
|---|---|---|---|
| ITM (In The Money) | Prix > Strike | Prix < Strike | L'option a de la valeur intrinsèque. Plus chère, mais plus de chances de profit |
| ATM (At The Money) | Prix ≈ Strike | Prix ≈ Strike | Le strike est proche du cours actuel. Maximum de valeur temps (theta) |
| OTM (Out of The Money) | Prix < Strike | Prix > Strike | Pas de valeur intrinsèque. Moins chère, mais probabilité de profit plus faible |
AAPL se négocie à $210. Voici comment la moneyness s'applique à différents calls :
| Strike | Premium | Moneyness | Valeur intrinsèque | Valeur temps |
|---|---|---|---|---|
| $190 | $23.50 | Deep ITM | $20.00 | $3.50 |
| $200 | $14.00 | ITM | $10.00 | $4.00 |
| $210 | $6.50 | ATM | $0.00 | $6.50 |
| $220 | $2.80 | OTM | $0.00 | $2.80 |
| $230 | $0.90 | Deep OTM | $0.00 | $0.90 |
Un call OTM à $0.90 semble « pas cher » comparé à $23.50 pour le deep ITM. Mais le call OTM a besoin que AAPL monte de $20 (presque 10%) juste pour atteindre le breakeven. Le deep ITM, lui, gagne dès qu'AAPL bouge de $0.01. Le prix bas d'une option OTM reflète sa faible probabilité de profit — pas une « bonne affaire ».
Le premium d'une option se décompose en deux composantes :
C'est la valeur « réelle » de l'option si elle était exercée immédiatement. Pour un call : max(0, Prix − Strike). Pour un put : max(0, Strike − Prix). Seules les options ITM ont une valeur intrinsèque. Les options ATM et OTM ont une valeur intrinsèque de zéro.
C'est ce que le marché paie pour le potentiel de l'option — la possibilité qu'elle devienne (plus) profitable avant l'expiration. La valeur temps dépend de trois facteurs principaux :
Plus il reste de temps, plus la valeur temps est élevée. À l'expiration, la valeur temps = 0
Plus le marché anticipe de mouvements, plus l'option coûte cher (on paie l'incertitude)
Impact mineur mais réel : les calls valent légèrement plus quand les taux montent (coût de portage)
La valeur temps s'érode chaque jour — c'est ce qu'on appelle le theta decay (on en parlera en détail dans la Partie 2 : Les Greeks). L'érosion est non-linéaire : elle s'accélère fortement dans les 30 derniers jours avant l'expiration. C'est pourquoi les options à court terme sont moins chères en valeur absolue mais perdent plus vite en pourcentage.
Le marché des options représente plus de $40 000 milliards de notionnel échangé chaque année. Trois utilisations principales expliquent cette taille :
Un gérant de fonds qui détient $10M en actions tech peut acheter des puts sur le QQQ pour limiter sa perte en cas de crash. C'est une assurance : le premium est le « coût de la police ». Si le marché s'effondre, les puts prennent de la valeur et compensent les pertes sur les actions. C'est l'utilisation originale des options — et la raison pour laquelle elles ont été inventées.
L'effet de levier des options permet de prendre des paris directionnels avec un risque défini. Au lieu d'acheter 100 actions NVDA à $140 ($14 000), on peut acheter un call à $5 ($500). Si NVDA monte de 10%, l'action gagne $1 400 (10%) mais le call peut gagner $800+ (160%). L'effet de levier fonctionne dans les deux sens : si NVDA ne bouge pas ou baisse, on peut perdre 100% du premium.
Les stratégies comme le covered call (vendre des calls sur des actions qu'on possède) génèrent un revenu régulier. Le vendeur encaisse le premium immédiatement. En contrepartie, il accepte de limiter son upside potentiel. C'est une stratégie populaire chez les investisseurs long-terme qui veulent extraire un rendement supplémentaire de leurs positions.
| Utilisation | Qui | Objectif | Stratégie typique |
|---|---|---|---|
| Hedging | Institutionnels, gérants | Limiter les pertes | Protective put, collar |
| Spéculation | Traders actifs, retail | Effet de levier directionnel | Long call/put, spreads |
| Revenus | Investisseurs long-terme | Cash flow régulier | Covered call, cash-secured put |
| Arbitrage | Market makers, quants | Profit sans risque directionnel | Put-call parity, conversion |
Mettons les concepts en pratique avec un trade complet.
| Prix AAPL | Moneyness | Valeur de l'option | Profit/Perte | Rendement |
|---|---|---|---|---|
| $230 | Deep ITM | $15.00 ($1 500) | +$1 050 | +233% |
| $225 | ITM | $10.00 ($1 000) | +$550 | +122% |
| $219.50 | Breakeven | $4.50 ($450) | $0 | 0% |
| $215 | ATM | $0 (expire sans valeur) | −$450 | −100% |
| $210 | OTM | $0 (expire sans valeur) | −$450 | −100% |
| $200 | Deep OTM | $0 (expire sans valeur) | −$450 | −100% |
Observation clé : AAPL doit monter de 4.5% (de $210 à $219.50) juste pour ne pas perdre d'argent. Si AAPL finit à $215 — en hausse de 2.4% — l'option perd 100%. C'est l'asymétrie fondamentale : l'effet de levier amplifie les gains ET l'exigence de performance.
AAPL à $231 → l'option vaut ($231 − $215) × 100 = $1 600. Profit = $1 600 − $450 = $1 150, soit un rendement de +256%. Avec 100 actions achetées en direct ($21 000), le gain serait de $2 100 (+10%). L'option multiplie le rendement par 25× pour une mise 47× plus petite.
Le payoff diagram (ou diagramme de profit/perte) est l'outil visuel fondamental pour comprendre une position options. L'axe X représente le prix du sous-jacent à l'expiration, l'axe Y le profit ou la perte.
Le diagramme du long call montre clairement : la perte est plafonnée au premium ($450) en dessous du strike, puis le profit monte linéairement au-dessus du breakeven. Le coude se situe au strike ($215) et la ligne coupe l'axe zéro au breakeven ($219.50).
Le long put est le miroir : la perte est plafonnée au-dessus du strike, et le profit augmente quand le cours baisse sous le breakeven. Le profit maximal est atteint quand le sous-jacent tombe à $0 (peu probable mais théoriquement possible).
Trois choses à repérer immédiatement : 1) où la ligne coupe le zéro (breakeven), 2) le maximum de perte (point le plus bas), 3) si le profit est plafonné ou illimité (la ligne continue-t-elle à monter ?). Ces trois informations résument entièrement le profil risque/rendement de la position.